Vol bivouac - Trois copains au Kirgizstan

Eté 2006 : trois jeunes parapentistes traversent les Pyrénées en vol bivouac (récit dans P.Mag n° 110). A l’issue de ce premier rêve réalisé, ils n’ont qu’une envie : repartir.

C’est sûr, nous n’avions qu’une idée en tête : repartir tous les trois l’été d’après. Nous rêvions d’une aventure vol bivouac dans un pays lointain et méconnu. C’est en voyant des photos des montagnes kirghizes que nous nous sommes dit : « c’est là-bas qu’on part ! ». Le Kirghiztan est un pays montagneux, très peu touristique. L’objectif que nous nous sommes fixés était de longer la rive Sud du lac Yssik Kul en partant de Koshkor et en arrivant à Karakol, tout en restant le plus possible sur les crêtes. 240 km en utilisant exclusivement la marche et le vol pour avancer.
Nous avons passé six mois intenses à rechercher des sponsors qui nous ont permis d’acheter nos billets d’avions et du matériel. En même temps nous avons commencé une bonne préparation physique pour affronter ces sommets haut perchés en altitude.

15 juillet, 13h, départ de Genève en direction de Moscou d’où un deuxième avion beaucoup moins moderne nous emmène à Bichkek, capitale du Kirghizstan. En débarquant, le dépaysement est total, des voitures tournicotent dans tous les sens et la langue locale nous semble incompréhensible. Malgré la difficulté de communiquer, nous trouvons des cartes approximatives pour notre parcours.

A Koshkor, nos compagnes Manon et Nadège partent de leur côté pour un trek à pieds. Rendez vous dans 3 semaines…Quant à nous trois, nos sacs de 20 kilos sur le dos, en route pour les montagnes enneigées ! L’aventure vol-bivouac commence. L’excitation et l’émotion que nous éprouvons sont indescriptibles. Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais nous sentons qu’il y aura des moments difficiles et d’autres de bonheur intense.

Nous sommes rapidement confrontés à une quantité inimaginable d’imprévus. Dans ce genre d’aventure, on apprend vite à trouver des solutions à tout ! Les premiers jours sont ensoleillés mais les conditions de vol en haute montagne ne nous permettent pas de faire des vols de longue distance. Lors d’un déco avec du vent fort, Martin oublie ses bâtons au décollage à 3800 m. Nous posons près d’une yourte : la famille, composée de Houlai, Temrakan et Edjamal, nous accueille aussitôt avec une hospitalité incroyable. Ils vivent de leurs troupeaux de chevaux, de vaches, de moutons et de chèvres, fabriquent leur pain et leur Kumus (boisson traditionnelle Kirghize à base de lait de jument fermenté) et récoltent des pommes de terre (Kartochka). Dans la yourte, pour communiquer, nous mimons beaucoup et faisons des croquis sur notre bloc-notes. C’est fou l’émotion que l’on peut se transmettre mutuellement sans parler le même langage. Ce soir là nous mangeons des pâtes faites maison, des Kartochka et de la viande d’agneau. Notre première nuit dans une yourte restera gravée dans nos mémoires.

Le lendemain, Temrakan prête un cheval à Martin pour qu’il retourne chercher ses bâtons. Pendant ce temps, Fred et Jojo restent à la yourte et fabriquent du beurre. Et ils initient Edjamal au parapente. La joie qui se lit sur le visage d’Edjamal quand ses pieds décollent du sol…

C’est avec beaucoup d’émotion que nous quittons nos amis en début d’après midi pour attaquer notre premier 4000 m. Parvenus là haut, vers 19 h, après une grimpette exténuante dans la caillasse, nous décidons de bivouaquer. La vue sur la chaîne du Tien Shan et son joyau, le lac Yssik Kul, est d’une beauté extraordinaire. Le lendemain, après 4 heures de marche sur des crêtes à plus de 4000 m, nous trouvons notre décollage. Il est un peu technique mais nous permet de prendre notre premier thermique généreux qui nous monte à 5000 m pour un vol de 50 km, incroyablement fort en émotions. Nous nous posons, la banane aux lèvres, installons aussitôt notre tente et nous endormons la tête pleine de rêves.

Au réveil, la météo a tourné et le ciel s’est encrassé de nuages. Nous partons donc à pieds et pendant six jours, nous alternons marche et petits vols pour avancer. Plusieurs fois, nous prendrons d’énormes orages sur la tête qui nous empêchent d’avancer et trempent tout notre matériel. C’est dans ces moments plus difficiles que nous sentons la chance d’être un groupe d’amis très unis. Même dans les moments de grosse fatigue, nous trouvons toujours le moyen de rentrer dans un énorme fou rire réconfortant.

On se retrouve…
Au bout de dix jours, nous avons moins avancé que prévu. Nous nous souvenons que les filles devaient dormir le 27 au soir à Barskoon, chez Ishen, un ami Kirghiz d’Antoine Desvallées. Nous sommes impatients de les voir, de les entendre raconter leur propre aventure, et comme la météo n’a pas l’air de s’arranger, nous descendons à leur rencontre pour leur faire la surprise. Soirée très sympa chez Rash et Gulmira à Barskoon, à échanger le récit de nos périples avec Manon et Nadège. Toilette dans un Sauna kirghize : même pour des aventuriers, se laver ça fait du bien !

Le lendemain, les filles repartent à cheval vers Karakol, ville historique, où nous devons nous retrouver le 5 juillet au soir. Quant à nous, nous profitons d’être dans un village pour nous réapprovisionner à l’épicerie du coin avant de remonter dans nos montagnes à la recherche d’un décollage. Ce jour là, après plus de 1500 m de dénivelé à pieds, un énorme front orageux nous oblige à nous abriter dans une minuscule cabane en bois délabré, le couple de vieux est très pauvre, la rudesse de leur quotidien nous fait relativiser nos difficultés météo ! L’orage fini, nous repartons planter notre tente, en essayant de garder en tête le sourire du vieillard de la cabane.

Le lendemain, le ciel est enfin au grand bleu, avec de beaux petits cumulus. Par crainte de faire un trou, nous gagnons de l’altitude à pieds. Puis nous étalons enfin nos Géo 2, impatients après 7 jours d’aventure sans thermique. Un thermique surpuissant nous arrache et nous envoie tous les trois au plaf à 4300 m dans le bleu. L’envie de survoler les glaciers au Sud est plus forte que le besoin d’avancer vers l’arrivée. Ensemble, nous nous approchons des séracs et des crêtes déchiquetées. Les conditions de vol sont désorganisées et c’est avec peine que nous regagnons l’entrée de la vallée. Mais ce vol est fantastique et les 30 km que nous faisons en direction de Karakol rechargent les batteries de notre moral à fond !

Nous posons à côté d’une yourte. A nouveau, les habitants nous invitent à manger. Les Kirghizes, peuple de cavaliers, sont fiers, curieux et ouverts. Les liens qui unissent la famille semblent empreints de respect mutuel. Après un bon dîner, nous plantons notre tente près de la yourte, car ils sont déjà treize à y dormir !
Encore deux belles journées de vol au-dessus de paysages hallucinants de beauté et nous nous posons à Karakol, au couché du soleil, pour conclure cette aventure. Assis à côté de nos voiles, nous dégustons à fond ce moment. Nous évoquons déjà les prochaines aventures que nous vivrons ensemble…

Ce voyage nous a encore plus soudés tous les trois. A nous d’entretenir la flamme qui nous unit en continuant à vivre nos rêves à travers notre passion du parapente.

Le team X Rid’air remercie Ozone, Cw2a et Bertholit. Pour plus d’infos, voir le petit film que nous avons ramené : http://xridair.free.fr

Infos Kirghizstan

Climat. Continental, chaud le jour et froid la nuit. Le temps peut changer très rapidement (haute montagne).
Monnaie. Le Som: 1€=52 Som. Il est plus avantageux pour nous de partir avec des euros. Le change est facile à Bichkek.
Religion. Musulmane, mais très peu visible (les nomades nous ont semblé plus spirituels que religieux).
Sécurité. La population est en général très accueillante et inoffensive (Manon et Nadège, deux filles de 20 ans, se sont baladé seules pendant 3 semaines, sans guide). Eviter toutefois les grandes villes de nuit.
Prix. 700 € aller-retour par la compagnie Aeroflot en juillet (escale obligatoire à Moscou). En 3 semaines sur place, nous avons dépensé 250 € par personne tous compris.
Langue. Le kirghize (mais les gens parlent aussi le russe).

Le Matos

Voiles. Ozone nous a prêté les toutes nouvelles Géo 2, des voiles montagne légères et sûres (ce qui nous a permis de ne pas prendre de secours). La facilité au décollage et un point fort sur ce type d’aventure.
Sellettes Bivouac Nervures, les mêmes que pour la traversée des Pyrénées. Pas de protection dorsale mais de grands rangements.
Sacs montagne 110 litres.
Casques d’alpinisme très légers Météor 3 (Petzl).
GPS : un MLR pour trois. Afin de mesurer la vitesse du vent afin d’éviter les pièges aérologiques et pour enregistrer notre trace tout le long du trip.
Radios : trois Kenwood TH 22 avec piles au lithium pour le vol à trois.
Au total, chacun de nous portait environ 20 kilos sur le dos (avec le matériel de couchage, de cuisine etc).